FRISSON L'OURS POLAIRE
Tout là-bas, dans le Très Grand Nord, sur la banquise infinie, vit un petit ours nommé Frisson. Il est auprès de sa mère, l'énorme fauve blanc des régions polaires. Son père chasse le phoque et le poisson d'argent. Parfois d'autres ourses croisent leur chemin ou viennent rendre visite à sa mère. Comme toutes les mères du monde, les grandes ourses blanches, toutes sauvages qu'elles soient, parlent de leurs enfants, du bonheur de leur existence, et des soucis qui les accompagnent. Mais lorsque les autres mamans ourses se plaignent en souriant des bêtises de leurs petits, ou racontent comment ils ont pêché leur premier poisson, ou dévalé leur première pente de glace, la maman de Frisson se tait. Elle écoute, la tête légèrement penchée, son regard se pose parfois sur son petit avec une expression un peu triste et pleine d'amour. Les autres mères savent bien ce qui l'attriste ainsi. Elles ne la questionnent pas. Elles aussi regardent Frisson, et elles poussent un lèger soupir.
Frisson a l'habitude de ces regards. Il rassemble autour de son corps une épaisse couverture en peau de phoque, et se blottit davantage contre sa mère. Car Frisson a un petit problème. Enfin, pour un ours polaire, c'est un problème plutôt embêtant : il est frileux .
Depuis sa naissance, il grelotte, il claque des dents, il ne peut supporter de poser ses pattes sur la banquise.Dès les premières minutes, sa mère a dû le porter dans ses bras, puis sur son dos. Tant qu'il n'était qu'un tout petit ourson, ça n'était pas trop difficile. Mais maintenant, il arrive à l'âge où les ours polaires apprennent à plonger dans les eaux glacées de l'Océan, à courir dans la neige, à se rouler sur les pentes de glace. Toutes ces choses lui sont impossibles.
Une nuit, son père s'est approché d'un village d'Inuits, et il a dérobé cette peau de phoque qu'ils avaient tendue sur un chassis pour qu'elle sèche. C'est devenu la seconde peau de Frisson, il ne la quitte plus.













